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Océanographe physicien, Matthis Auger explore les courants marins autour de l’Antarctique

Actuellement postdoctorant au LOPS à Brest, il travaille sur les échanges d’eau chaude vers le continent austral et la formation d’eaux denses qui influencent la circulation océanique mondiale.

Sous la direction de Camille Lique, avec la collaboration de Carolina Dufour et Nicolas Kolodziejczyk, son projet s’inscrit dans les thèmes 1 « Régulation du climat par l’océan » et 5 « Systèmes d’observation à long terme pour la connaissance de l’océan » d’ISblue.

Passé par l’ENSTA, campus de Brest, la Sorbonne puis un postdoctorat en Tasmanie, il a construit un parcours entre modélisation, données satellites et campagnes en mer, notamment en Antarctique à bord du brise-glace Nuyina. Entre terrain extrême, données rares et enjeux climatiques majeurs, il revient ici sur son parcours et sa vision de l’océanographie polaire.

Qui es-tu et d’où viens-tu ?

Je suis Matthis Auger, un océanographe physicien actuellement en postdoctorat au LOPS à Brest, et je viens de la région bordelaise.

Comment as-tu entendu parler de l’appel postdoctoral ISblue ?

En cherchant les opportunités de bourses qui me permettaient de rentrer en France, et en particulier à Brest. Je voulais également avoir l’opportunité de travailler sur mon propre projet de recherche, et ISblue permet ça.

Mon postdoc dure 2 ans, et il a débuté en janvier 2026.

Quel est ton sujet de recherche actuel ?

Je travaille sur les courants océaniques autour de l’antarctique. D’une part, j’étudie les flux d’eau chaude vers le pôle, qui peuvent impacter la fonte de la calotte polaire Antarctique. D’autre part, j’étudie la formation et l’export d’eau dense depuis le plateau continental Antarctique, qui a un impact direct sur la circulation océanique globale et le climat. Ces circulations sont toujours très méconnues aujourd’hui, leur meilleure compréhension permettrait de réduire les incertitudes sur les projections futures du climat et du niveau de la mer.

Quel a été ton parcours avant d’en arriver là ?

J’ai étudié à l’ENSTA à Brest entre 2015 et 2018, avec un double diplôme avec le master d’océanographie physique de l’UBO. J’ai ensuite effectué une thèse à Sorbonne Université, entre Collecte Localisation Satellite (une entreprise qui produit des données satellites pour l’océanographie), et le laboratoire LOCEAN à Paris. Fin 2022, j’ai rejoint l’université de Tasmanie en Australie pour un postdoctorat de 3 ans, que j’ai terminé en décembre 2025.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de travailler dans les sciences marines ?

J’ai toujours été passionné par l’océan, mais j’ai réalisé assez tard pendant mes études que je pouvais réellement travailler en profondeur sur le sujet. Je voulais également contribuer à la compréhension du système climatique dont la variabilité et les changements sont directement liés à l’océan.

À quoi ressemble ton quotidien de chercheur ?

Au quotidien, mon métier de chercheur consiste principalement à lire des articles scientifiques, traiter des données et les analyser, ainsi que la rédaction d’articles scientifiques et rapports. J’aime également travailler en collaboration avec d’autres chercheurs sur des thématiques plus ou moins proches de la mienne.

Quel est ton plus beau souvenir de terrain ou de recherche ?

J’ai effectué deux campagnes océanographiques en Antarctique au cours de mon expérience de recherche. L’une d’elle a eu lieu en mars-avril 2025, à bord du brise-glace australien Nuyina, au début de la saison de formation de banquise. Nous nous sommes retrouvés en pleine tempête au milieu de « pancake ice » (de la banquise fraichement formée composées de morceaux de glace ayant la forme de crêpes), qui ondulaient au rythme des vagues de plusieurs mètres. C’était une expérience très impressionnante. C’était également une campagne particulière car nous avons pu atteindre et cartographier des zones au plus proche du glacier du Denman, qui n’avaient jamais pu être atteintes auparavant.

Quel est le plus grand défi dans ton domaine aujourd’hui ?

Il existe encore de nombreux défis dans l’océanographie de l’Antarctique aujourd’hui. C’est une région qui a connu beaucoup de changements rapides dans les 10 dernières années, dont les causes sont toujours incertaines (ralentissement de certaines circulations océaniques, fonte brutale de la banquise, augmentation de la température de l’océan). La quantification et la compréhension de ces changements brutaux est un énorme défi, car ils ont un impact direct sur le climat et le niveau de la mer, et représentent d’ailleurs une grande part de l’incertitude des projections climatiques futures.

Y a-t-il une réussite dont tu es particulièrement fier ?

Au cours de mon expérience de recherche, j’ai développé et exploité un jeu de données satellite qui permet de détecter des courants océaniques même en présence de banquise. Dans les régions polaires telles que l’Antarctique, les données d’observations de l’océan sont très rares. Aujourd’hui ces données sont de plus en plus utilisées par la communauté scientifique, et j’ai pu montrer qu’elles étaient utiles pour décrire des processus physiques très mal compris mais ayant un impact important sur la circulation océanique globale et le climat.

Y a-t-il un échec ou une difficulté qui t’a marqué ?

Je dirais que mon expérience de recherche a été marquée par de nombreux petits échecs plutôt qu’un seul échec marquant. L’océanographie polaire repose souvent sur des données très limitées, qu’on compense en combinant plusieurs sources de données ou en utilisant certaines analyses statistiques. Il y a beaucoup de moments où l’on pense avoir trouvé la solution à un problème, on passe beaucoup de temps à l’implémenter, mais cette solution ne s’avère finalement pas concluante. Il faut alors revenir sur ses pas et ne pas se laisser abattre.

As-tu une idée / un projet pour « l’après post-doc » ?

Je réfléchis actuellement à la mise en place d’un laboratoire régional dans la région de la Terre Adélie, en Antarctique. C’est la région dans laquelle se situe la base française Dumont d’Urville, pour lequel le ravitaillement s’effectue plusieurs fois par été par l’Astrolabe. La présence de ce navire dans cette région isolée est une opportunité énorme pour le déploiement d’observations en mer. En combinant avec des mesures satellites qui permettent d’observer la surface de l’océan, ce laboratoire régional permettrait de caractériser des circulations océaniques encore très méconnues, avec des résultats qui pourraient être généralisables sur l’ensemble du pourtour Antarctique.

Et en dehors de la recherche, qu’est-ce qui te fait décrocher ?

En dehors de la recherche, j’aime surtout être dehors : faire du vélo, surfer quand je peux… Mais j’aime aussi essayer d’apprendre à faire de la musique et passer du temps avec des amis !

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