Le 26 mars 2026, la seconde édition du cycle sur Les coulisses de l’édition scientifique s’est tenue sur le sujet des critères à prendre en compte dans le choix d’une revue pour publier ses recherches.
La rencontre était animée par Fabrice Pernet (LEMAR, Ifremer) et Linwood Pendleton (AMURE, UBO), éditeurs pour ICES Journal of Marine Science avec Olivier Thébaud (AMURE, Ifremer) éditeur pour Aquatic Living Resources.
La discussion a porté sur les critères de sélection des revues scientifiques : objectifs en matière d’évaluation par les pairs et de diffusion des connaissances, éthique, facteur d’impact, ouverture interdisciplinaire et modèles de publication (Accès Ouvert Or ou Diamant). Les échanges ont permis d’éclairer les processus éditoriaux, les défis liés à la gestion des soumissions et les différences entre revues de sociétés savantes et éditeurs commerciaux. Les enjeux de l’accès ouvert, ses coûts et la nécessité de cibler des revues spécialisées ont également été abordés.
Fabrice Pernet et Linwood Pendleton ont présenté leurs fonctions au sein de l’ICES Journal of Marine Science éditée par Oxford University Press1, une revue qui, à l’origine, traitait de la pêche et de l’aquaculture, mais qui couvre aujourd’hui tous les aspects des sciences marines, y compris les sciences sociales et l’économie. ICES est reconnu pour son fort impact et ses exigences éthiques, incluant un programme de mentorat pour jeunes chercheurs.
Olivier Thébaud a présenté Aquatic Living Resources2, revue centrée sur les approches écosystémiques pour l’étude des systèmes socio-écologiques aquatiques, intégrant les dimensions biologiques, écologiques, économiques et sociales. Passée en Accès Ouvert Diamant3 grâce aux soutiens de l’Ifremer, de l’IRD et de la maison d’édition EDP Sciences, elle connaît une forte hausse des soumissions, avec un taux d’acceptation d’environ 10 %.
Le rôle des éditeurs en chef a été évoqué, responsabilité collective visant à garantir la cohérence scientifique et disciplinaire des revues. Les choix de publication s’inscrivent dans un paysage complexe, marqué par la diversité des modèles open access. Les frais de publication d’articles dans l’ICES journal (environ 3 000 €) sont indépendants des capacités financières des auteurs, avec des exonérations possibles, et servent à soutenir la communauté scientifique.
Les échanges ont mis en avant une préférence croissante par les intervenants pour les revues à but non lucratif, soulignant l’importance de l’évaluation par les pairs et de l’adéquation avec la communauté ciblée. La question du financement de ces modèles reste un défi, malgré le soutien d’organismes de recherche comme l’Ifremer, l’INRAE ou l’IRD.
Les coûts de publication par article varient fortement selon les revues (de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros). S’ils reflètent en partie les ressources nécessaires au travail éditorial (notamment les ressources humaines), cette variabilité peut néanmoins interroger sur les modèles économiques des revues. L’affiliation à une société savante est généralement perçue comme un gage de qualité.
Les intervenants ont évoqué le rôle des revues spécialisées dans le développement du capital intellectuel des membres de la communauté scientifique concernée. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’ICES JMS privilégie les articles de synthèse et les commentaires rédactionnels détaillés et constructifs. La qualité des articles de synthèse est un critère que, selon les intervenants, beaucoup négligent lorsqu’ils choisissent où soumettre leurs travaux de recherche.
Le fonctionnement international des deux revues a été discuté, ainsi que les pratiques de rejet rapide, souvent liées à un décalage avec la ligne éditoriale et visant à éviter des délais inutiles pour les auteurs.
Des données chiffrées ont montré la sélectivité des revues (fort taux de rejet dès le pré-screening), soulignant l’importance d’un ciblage stratégique fondé sur les réseaux scientifiques et les communautés disciplinaires. Des alternatives émergentes comme les PCI ont également été évoquées.
Enfin, le rôle des sociétés savantes a été précisé : structures associatives pilotées par des scientifiques, elles contribuent à la qualité et à la gouvernance des revues qui leurs sont rattachées. Les défis de visibilité des revues interdisciplinaires en France ont été soulignés, tout comme la nécessité de renforcer leur reconnaissance dans les classements académiques.
Où publier votre prochain papier ? La revue de vos rêves. Vous vous demandez où publier votre prochain article en sciences de la vie ? Where to Publish? est une base de données où vous pouvez chercher parmi toutes les revues de la discipline celle de vos rêves, en précisant vos critères : éditeurs à but lucratif ou non, open access gratuit ou payant… Vous pouvez même définir une fenêtre pour les frais de publication. Un outil développé par des jeunes chercheurs pour mettre en avant les revues vertueuses, inspiré d’une initiative similaire en écologie et évolution.